INTRODUCTION 

Mme J …: - « Julie a été très précoce, à deux ans elle parlait comme un enfant de trois ans et c’est fou qu’elle s’intéressait à tout. Maintenant, je ne comprends pas que la maîtresse dit qu’elle a des troubles de l’attention !... »  

Mme F…: - « Son enseignant m’a fait comprendre que mon fils travaille très bien quand il le veut mais la plupart du temps, il s’agite et ne reste pas en place !... 

Mme R…: - « J’ai toutes les peines du monde à lui faire apprendre ses leçons, il n’arrive pas du tout à se concentrer !.. »

Mr G…. : - « La maîtresse dit que mon garçon est hyperactif. Si c’était le cas, il ne serait pas aussi calme quand il est devant la télé ! »

Mme P…: - « Mon fils se plaint qu’il n’a pas de copain, les autres enfants ne veulent pas jouer avec lui !... »

Mr V…   : - « C’est vrai que mon enfant est un peu turbulent mais après tout c’est un garçon ! Je préfère le voir ainsi que solitaire et timide !... »

 

De plus en plus de remarques de ce genre sont entendues lors des discussions de parents, autant dans la cour de l’école que lors des soirées entre amis. Un thème qui semble si anodin qu’à la limite le fait de le raconter en groupe est  comme une manière de se rassurer voire de se renforcer dans sa propre position. Parfois, l’un ou l’autre parent se risque d’aller sur Internet pour avoir d’autres renseignements. Si à priori « surfer » devrait aider à mieux comprendre, le plus souvent, la « toile » avec les multitudes d'avis venant  d'auteurs de divers horizons ne fait qu’embrouiller les idées. Pour faciliter la compréhension de ce problème qui reste complexe et voire déroutant, j'ai choisi  d'être pragmatique en donnant quelques définitions importantes, les types de signes qui doivent interpeller ( à défaut de pouvoir donner une liste exhaustive) et enfin, la base fondamentale du traitement. 

 

DEFINITIONS 

L’Attention : Il existe deux types, l’Attention spontanée ou automatique qui nous permet de nous préparer à acquérir des informations de la vie quotidienne. La base en est l’utilisation de nos cinq sens (ouïe, odorat, vision, goût, toucher) ensemble ou séparément. L’Attention Provoquée ou Soutenue est le deuxième type et il fait intervenir une notion d’effort et de volonté. Cette dernière constitue une étape fondamentale pour l’apprentissage. On peut la traduire par ce qu’on appelle la « Concentration ». Grâce à elle, nous pouvons accéder à une activité quelconque (réfléchir, écrire, dessiner, calculer, jouer aux échecs,…). Certaines personnes sont même capables de faire plusieurs actions à la fois telles lire un journal, écouter les infos tout en dévorant une glace sans se salir et jusqu’à intervenir dans la conversation de l’entourage.

L’Activité : Elle peut être psychique mais également motrice. Le plus souvent volontaire, elle peut être réflexe ou automatique. Mais dans tous les cas, elle nécessite toujours une notion de commande venant du cerveau.

Les Troubles de l’Attention : Il s’agit de la perturbation de cette étape préparatoire de l’acquisition; phase qui fait intervenir incontestablement l’intérêt de l’individu par rapport à l’activité à entreprendre.

L’Hyperactivité : elle détermine une tendance à l’excès soit de la réflexion soit des mouvements. La plupart du temps elle est involontaire et non contrôlée. Un signe marquant, l’absence de patience et de persévérance chez l’intéressé. Il passe rapidement d’une idée à une autre et d’une action à une autre.

En position de repos, il peut présenter des mouvements répétitifs, de fréquence plus ou moins régulière touchant une partie ou la totalité d’un ou des membres. Dans un degré plus important, cette hyperactivité se manifeste par une incitation involontaire à changer de position notamment assise à debout voire à se déplacer d’un endroit à un autre. Ici, on se rappelle une affection qui survient chez certaines personnes âgées appelée « la Maladie des jambes sans repos » ou « Restless syndrom ».

Troubles Déficit de l’Attention avec ou sans Hyperactivité (TDA/H) : signifiant Attention-deficit hyperactivity disorder (ADHD) en anglais, c'est l’appellation la plus récente de cette affection de l’enfant découverte en 1845 par l’Allemand Hoffman. Ce dernier l’a dénommée « Instabilité Motrice » de l’enfant alors que le français Bourneville l’a définie comme une « Instabilité Neuro Motrice » ou « Chorée Mentale de l’Enfant ». C’est depuis l’Anglais Georges Still, en 1902 que la relation entre Hyperkinésie-Impulsivité et Inattention a été fortement suspectée. Après plus de cent années de recherche, il est actuellement établi qu’on est devant un syndrome (ensemble de signes mais non une maladie en soi) et dont la base fondamentale reste les Troubles de l’Attention.

 

MANIFESTATIONS 

Quatre points importants à savoir :

-    Les TDA/H ne constituent donc pas une maladie qu’on attrape mais plutôt un « Etat Neurologique ». On est donc né avec des Troubles Déficit de l’Attention avec ou sans Hyperactivité.

-    L’hérédité joue un rôle non négligeable. Depuis 1995, J. Biederman et al. a constaté que si un parent présente des troubles, il y a 57 % de risque qu’un des enfants les développe également. La découverte de gènes responsables a même été confirmée.

-    Chez l’individu porteur de TDA/H, la neurobiologie explique les différents symptômes par le manque d’efficacité d’un neuromédiateur, produit responsable de la transmission des ordres au niveau des neurones (ex : la sérotonine, la noradrénaline et surtout la dopamine).Par ailleurs, l'existence d'anomalies de fonctionnement dans certaines zones bien spécifiques du cerveau ont été décrites. 

-    les manifestations vont également dépendre du tempérament de départ de l’enfant, de son environnement social, familial, éducationnel autant que de sa capacité d’adaptation aux diverses circonstances auxquelles il sera confronté au fur et à mesure de son développement. 

 

Ainsi, les manifestations chez les enfants victimes de TDA/H sont multiples et la liste serait longue. Par contre, il faut distinguer les traits fondamentaux ci-dessous :

-  Problème de concentration, d’organisation en général notamment au niveau de la gestion du temps. Pas de patience, pas de persévérance, agitation et passage d’une activité à plusieurs autres.

-  Perturbation au niveau de l’analyse des informations. Pas de recul ni de vision globale. Tendance à se jeter sur un ou des détails.

- La notion d’objectivité est perturbée, générant des sentiments de frustration d’où des réactions d’opposition pouvant aller jusqu’à la violence. Parfois des réactions de victimisation allant jusqu’à la dépression.

- Manque d’assurance et de confiance en soi. Grand besoin de valorisation et de reconnaissance. Besoin important d’affection et  même parfois de manière disproportionnée (relation fusionnelle avec l'un des parents).

- Existence d’une difficulté de gestion des émotions chez ces enfants. En effet, leur degré de réaction face à une situation ou un évènement peut passer de l’impulsivité à un retard flagrant des réactions ; de l’agressivité au repli sur lui-même.

- Des troubles de l’apprentissage dont la dyslexie, dyscalculie, dyspraxie ou autres, peuvent accompagner les TDA/H et compliquer la conduite à tenir.

 

DIAGNOSTIC

Chez les enfants de moins de 6 ans, les troubles de l’attention sont difficiles à détecter et les signes d’hyperactivité prédominent. Par contre, plus le dépistage est précoce, moins difficile sera la prise en charge. Si la détection des premiers signes chez le nourrisson n’est pas toujours évidente, le retard du diagnostic effectué à l’adolescence ou parfois à l’âge adulte peut expliquer l’existence de nombreuses complications notamment psychologiques voire psychiatriques et parfois graves.

 

L’objectif principal est de faire la parité entre les différentes manifestations, partant d'un simple problème de tempérament jusqu’à l’Hyperactivité dite "pathologique". D’où la classification suivante avec ces trois principales catégories:

-   Le premier groupe concerne l’enfant victime d’un manquement ou d'une négligence au niveau éducationnel et quelques soient les causes. Livré à lui même, sans stimulation ni balise, l’individu peut manifester une hyperactivité. Précisons que dans ce cas, il n’y a pas de Trouble de l’Attention.

-   Le deuxième groupe comprend l’enfant atteint d’une maladie chronique soit neurologique, soit psychiatrique qui parfois évolue même à bas bruit (épilepsie, autisme, dépression nerveuse, névrose ou psychose débutante,…). Ici, les troubles de l’attention ou/et l’Hyperactivité peuvent en être une complication. Une bonne prise en charge de la cause doit venir à bout de ces phénomènes secondaires.

-   Enfin, les TDA/H tels décrits dans cet article, dont la conduite à tenir et le traitement vont être traité ci-dessous.

 

Voilà pourquoi une bonne investigation est incontournable. Et celle-ci la plupart du temps nécessite un bilan multidisciplinaire. La bonne démarche consiste à voir d’abord le Pédopsychiatre ou le Neuropsychiatre qui suite à des questionnaires précis et un bon examen clinique va orienter le patient. Un bilan sanguin pourra éventuellement être demandé. Un examen électroencéphalographique sera effectué pour éliminer une cause organique ou un problème associé. Pour confirmer le diagnostic, des tests psychologique, orthophonique et de psychomotricité pourront être conseillés. En fonction des causes trouvées, d’autres examens pourraient être demandés.

 
 

 

TRAITEMENT ET CONDUITE A TENIR

Après un diagnostic bien posé, le choix de la prise en charge se fera sans aucune ambiguïté. Il existe en effet deux possibilités de traitement :

-   Un Traitement par médicaments et la ou les molécules utilisées dépendront forcément du bilan car il faut savoir qu’il n’existe pas qu’un seul traitementmême si certains pensent que le méthylphénidate connu entre autres sous le nom de Ritaline* constitue la seule chimiothérapie possible. Précisons seulement que le médicament précité est un psychostimulant d’une famille assez proche (mais pas identique et la nuance est importante à savoir) de l’amphétamine. Les éventuels problèmes rapportés ici et là par rapport à ce médicament proviennent d’un diagnostic inadéquat ou d’un non respect des précautions de base de ce traitement. De tels cas ont été rapportés aux Etats-Unis où à un moment donné, l’autorisation de prescription de ce médicament a été donnée aux psychologues et aux médecins généralistes.

 

-   Des séances de Psychothérapie selon une méthode adaptée à chaque cas et selon la personnalité de l’individu. D’autres suivis tels les séances d’orthophonie, de psychomotricité, une discipline sportive bien choisie et surtout des conseils de vie tant familiale qu’individuelle sont plus qu’importants.

 

CONCLUSION

Les statistiques rapportent qu’au moins un enfant par classe est victime de TDA/HEn réalité, ces chiffres comprennent les trois catégories d’affection citées dans le chapitre diagnostic. Il est donc de mon devoir de pousser les parents à consulter un spécialiste car les mesures à prendre seront effectivement bien différentes voire opposées en fonction du diagnostic posé.

 

En bref, le plus difficile à faire admettre aux parents d’enfants atteints de TDA/H viennent du fait que :

 

-   Les signes présentés sont le plus souvent disparates et tellement aspécifiques. 

 

-   Que ces signes peuvent passer inaperçus ou paraître négligeables (surtout pris un par un)

 

-   Que l’enfant supposé atteint est plutôt débordant d’énergie, contrairement à ce qui se passe dans toute autre maladie.

 

-   Que parmi les traitements proposés figurent un ou des médicaments qui font peur aux non initiés que sont les parents et parfois mal utilisés par certains professionnels. 

 

-   Enfin, les problèmes psychiatriques ou neurologiques peuvent autant être une cause directe qu’une complication à plus ou moins long terme de Troubles de l’Attention avec ou sans Hyperactivité.

 

 

 

En somme, le manque d’information délivrée autant aux enseignants qu’aux parents constitue un grand handicap dans la compréhension de cette affection. Et la négligence du corps médical du fait de l’inexpérience en la matière peut retarder de plusieurs années le diagnostic. Généralement, cette découverte tardive du problème ne va se faire qu’en phase de complications. A ce moment là, les symptômes dominants (psychose, névrose, addictions diverses, tentative de suicide, …) vont faire négliger l’affection causale c'est-à-dire les TDA/H. Et le médecin qui va seulement consulter l’enfant à ce stade va d’emblée traiter ces symptômes dominants et passer à côté du problème d’origine. Malheureusement, un tel traitement n’aura qu’un effet très partiel sur les signes présentés par le patient et cela va favoriser les récidives voire une nette aggravation du cas.

 

 

 

En écrivant cet article sur Psymad, j’espère alerter le plus grand nombre pour que chacun puisse prendre ses responsabilités. Il est plus qu’important de savoir que les Troubles de l’Attention avec ou sans hyperactivité sont loin d’être le fruit de l’imagination de certains illuminés de la médecine.    Et s’ils sont détectés le plus tôt possible, leur prise en charge sera nettement plus facile. Sachant la proportion des enfants susceptibles d’être concernés, il s’agit donc d’un problème de Santé Publique et particulièrement de tout le système éducationnel (parent, enseignant et toute l’administration scolaire). De la vigilance de chacun de nous va dépendre le Bien Être mental, sanitaire et social de ces enfants. Leur avenir scolaire, professionnel et tout simplement humain est entre nos mains car de très nombreux enfants souffrant de ce mal ont fini par abandonner les études alors que certains plus chanceux et mieux soutenus ont pu avoir une carrière exemplaire. Certains (sans citer des noms) sont même devenus de grands chefs d’entreprises et d'autres des dirigeants d'institutions interbnationales voire des chefs d’Etats. 

 
 

 

                Dr A. RAHARISON                                                                                               

       C.D.N.M Ambatobe-Antananarivo

 

 

Votre enfant a peut-être cette affection ou vous-même,  vous présentez des symptômes équivalents ?
Ou  peut  être avez-vous tout  simplement  des  observations  à  formuler   par rapport à  cet  article ?
 

Merci de donner vos réactions et commentaires                                                     

 

 

BIBLIOGHRAPHIE
 

Bouvard, M., Le Heuzey, M.-F., & Mouren-Siméoni, M.-C. (Eds) (2002). L’hyperactivité, de l’enfance à l’âge adulte. Paris: Doin.

Chevalier  N, Guay M C, Achim A, Lageix  P, Poissant  H (2006). Troubles déficitaires de l’attention avec hyperactivité :soigner, éduquer, surtout valoriser . Québec : Presse de l’université.

Laporte, P. (2003). Le TDAH : Epreuve de réalité. Conférence pour l’Association HyperSupers, 20 décembre 2003 - MIOS (33) France.

Smith KM, Daly M, Fischer M, et al.(2003 May 15). "Association of the dopamine beta hydroxylase gene with attention deficit hyperactivity disorder: genetic analysis of the Milwaukee longitudinal study." Am J Med Genet B Neuropsychiatr Genet;119(1):77–85.

Smythe, I. (1999). The Dyslexia Handbook. Reading : the British Dyslexia Association.

Vantalon, V. (Ed.) (2005), L’hyperactivité de l’enfant. Paris: John Libbey Eurotext.

 

 

 

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